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Techniques de judo : les familles et leur classement

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Techniques de judo : les familles et leur classement

Les techniques de judo se rangent dans deux grands ensembles : les nage-waza, qui envoient le partenaire au sol, et les katame-waza, qui le contrôlent une fois au sol. La liste officielle du Kodokan Judo Institute, version du 1er avril 2017, nomme soixante-huit projections et trente-deux techniques de contrôle. Tout le vocabulaire du dojo s’accroche à ces deux colonnes.

Deux intentions derrière toutes les techniques de judo

Le mot waza signifie technique. Ce qui le précède décrit le moyen employé et l’intention. Les nage-waza font tomber, les katame-waza bloquent, et cette frontière suit celle du combat : debout d’abord, au sol ensuite.

Le Kodokan Judo Institute publie la liste de référence des noms de techniques. Sa version du 1er avril 2017 aligne soixante-huit projections et trente-deux techniques de contrôle, soit cent techniques nommées, réparties en huit sous-familles. Une troisième catégorie existe, les atemi-waza, les frappes : elle ne vit que dans les kata, jamais en randori ni en compétition.

Cette charpente vaut mieux qu’une longue liste de noms retenus au hasard. Quand un enseignant annonce un travail de koshi-waza, vous savez déjà que la hanche va servir de pivot, avant même d’avoir vu la démonstration.

Les familles de projections : cinq façons de faire tomber

Les projections se distinguent par la partie du corps qui porte l’action. Cinq sous-familles suffisent à couvrir les soixante-huit formes nommées.

Sous-familleNom japonaisCe qui porte l’actionNombre au KodokanExemples
Techniques de braste-wazabras, mains, épaules16seoi-nage, tai-otoshi
Techniques de hanchekoshi-wazale bassin en levier10o-goshi, harai-goshi
Techniques de jambeashi-wazapieds et jambes21de-ashi-harai, uchi-mata
Sacrifice vers l’arrièrema-sutemi-wazala chute de tori sur le dos5tomoe-nage, ura-nage
Sacrifice sur le côtéyoko-sutemi-wazala chute de tori sur le flanc16tani-otoshi, uki-waza

Deux lectures de ce tableau éclairent la pratique quotidienne.

Debout : le bras, la hanche, la jambe

Les trois premières sous-familles composent le tachi-waza, le judo debout classique, celui que vous voyez dès le premier cours. Les ashi-waza y dominent en nombre, avec vingt et une formes recensées : le judo fauche, balaie et crochète plus souvent qu’il ne soulève.

Les koshi-waza, dix formes, travaillent toutes le même principe, un bassin placé plus bas que celui du partenaire. L’o-goshi et sa mécanique de charge sert de matrice à cette famille entière. Les te-waza, seize formes, agissent par les bras et les épaules, avec des trajectoires très différentes entre un seoi-nage qui charge sur le dos et un tai-otoshi qui fait trébucher.

Se sacrifier pour projeter

Sutemi veut dire abandonner son corps. Dans ces techniques, tori se laisse volontairement tomber pour entraîner son partenaire, vers l’arrière pour les cinq ma-sutemi-waza, sur le côté pour les seize yoko-sutemi-waza. Le tomoe-nage, pied au ventre et dos au tapis, illustre la première catégorie.

Ces formes arrivent tard dans une progression, pour une raison simple : tori chute en même temps que uke. La maîtrise des chutes en ukemi conditionne donc tout ce registre, pour les deux partenaires à la fois.

Deux judokas en judogi blanc vus de dos et de loin au moment d’une projection de hanche sur un tatami de dojo

Au sol : immobiliser, étrangler, verrouiller

Les katame-waza, littéralement techniques de contrôle, se divisent en trois sous-familles selon la contrainte exercée. Le Kodokan en nomme trente-deux au total.

  • Dix immobilisations, les osaekomi-waza : le dos de uke est plaqué au sol et le contrôle se mesure au chronomètre
  • Douze étranglements, les shime-waza : compression du cou, avec le judogi le plus souvent, à mains nues pour le hadaka-jime
  • Dix clés, les kansetsu-waza : neuf portent le nom ude, le bras, et visent le coude ; seul ashi-garami concerne le genou

Les immobilisations forment la porte d’entrée du travail au sol dans presque toutes les progressions françaises. Parmi les dix noms de la liste, sept reviennent constamment au dojo, le kesa-gatame et les quatre contrôles shiho-gatame en tête : le détail des sept immobilisations et de leurs conditions de validité mérite un article à lui seul.

Les étranglements et les clés obéissent à une autre logique. Ils ne se comptent pas en secondes mais aboutissent à l’abandon, et leur usage reste strictement encadré selon l’âge et le grade. La façon dont chaque contrôle se transforme en score appartient aux règles du judo et à leur barème.

Le gokyo, l’ordre d’étude des projections

Le gokyo ne classe pas les techniques par nature, mais par ordre d’étude. Le Kodokan présente sa version révisée en 1920 : quarante projections réparties en cinq groupes de huit, du premier groupe au cinquième. Une version antérieure, établie en 1895, comptait quarante-deux techniques en groupes inégaux.

Un détail du premier groupe surprend souvent les débutants. Il mêle déjà trois sous-familles : de-ashi-harai, hiza-guruma et sasae-tsuri-komi-ashi pour les jambes, uki-goshi et o-goshi pour la hanche, seoi-nage pour les bras. Le classement par ordre d’étude ne suit donc pas le classement par famille. L’uchi-mata, souvent perçue comme une technique d’expert, figure au deuxième groupe.

Le gokyo ne couvre qu’une partie des soixante-huit projections nommées. Quarante formes d’étude d’un côté, soixante-huit noms recensés de l’autre : l’écart contient les variantes, les prises de compétition et les formes tombées en désuétude.

Deux judokas au sol en immobilisation, cadrage sur les judogis et les ceintures, visages hors champ

Lire un nom japonais sans dictionnaire

Les noms de techniques se construisent par assemblage. Une dizaine d’éléments couvrent la quasi-totalité du répertoire, et leur reconnaissance transforme une liste opaque en information utile.

ÉlémentSensSe lit dans
ogrando-goshi, o-soto-gari
kopetitko-uchi-gari
uchiintérieuruchi-mata
sotoextérieuro-soto-gari
garifauchageo-uchi-gari
gakecrochetko-soto-gake
harai ou baraibalayagede-ashi-harai
goshi ou koshihanchekoshi-guruma
otoshifaire tomber vers le bastai-otoshi
gurumaroue, enroulementashi-guruma
gatamecontrôle bloquékesa-gatame
kuzureforme modifiéekuzure-kesa-gatame

Le mécanisme se vérifie en une seconde. O-soto-gari se décompose en grand fauchage extérieur, ko-uchi-gari en petit fauchage intérieur : les deux noms décrivent exactement le geste, dimension comprise.

Deux mots reviennent en fin de nom : nage pour une projection, waza pour la famille elle-même. Nage-waza se lit donc techniques de projection, mot pour mot, et katame-waza techniques de contrôle.

Deux habitudes de prononciation brouillent parfois la lecture. Certaines consonnes s’adoucissent en composition, ce qui donne barai pour harai et goshi pour koshi selon la place du mot dans le nom. Retenez aussi que tori et uke désignent des rôles, celui qui exécute et celui qui reçoit, jamais des techniques.

Quand chaque famille entre dans la progression

Un club n’ouvre pas les huit sous-familles en même temps. La Progression Française de France Judo structure l’apprentissage en six paliers, de la ceinture blanche à la ceinture noire, et les familles s’ajoutent au fil de ces paliers. L’ordre des couleurs de ceinture donne donc le calendrier de cette ouverture.

L’ordre habituel se lit sans surprise : les chutes d’abord, puis quelques projections de jambe et de hanche, puis les immobilisations, puis les sutemi et les contrôles articulaires. La compétition suit le même principe. Le document Adaptations Pédagogiques Françaises de France Judo pour la saison 2026-2027 interdit les étranglements et les clefs de bras aux ceintures jaune et orange comme aux ceintures verte et bleue sur l’Open National Kyu, et les autorise à la ceinture marron.

Les durées de combat suivent la même progressivité dans ce texte : une minute trente de randori arbitré chez les poussins, deux minutes chez les benjamins avec une minute de sol en cas d’égalité, trois minutes chez les minimes. À l’autre extrémité des âges, le même règlement interdit l’étranglement chez les vétérans de soixante ans et plus.

Une conséquence pratique pour les parents : un enfant qui rentre du dojo en parlant de clés de bras a presque toujours vu une démonstration, pas un exercice.

Carnet à couverture unie fermé posé avec un stylo au bord d’un tatami vert

Tenir un carnet de techniques classé par famille

La classification ne sert à rien tant qu’elle reste dans un article. Elle devient utile dès qu’elle structure votre propre mémoire de pratiquant.

Ouvrez huit pages dans un carnet, une par sous-famille : te-waza, koshi-waza, ashi-waza, ma-sutemi-waza, yoko-sutemi-waza, osaekomi-waza, shime-waza, kansetsu-waza. Trois colonnes suffisent par page, le nom japonais, la traduction de ses éléments, et une ligne sur la sensation recherchée. Après chaque cours, inscrivez les techniques travaillées dans la bonne page.

L’intérêt apparaît au bout de quelques mois. Les pages se remplissent de façon très inégale, et ce déséquilibre dit beaucoup : une page d’ashi-waza pleine face à une page de te-waza presque vide signale un répertoire construit sur un seul appui. Les enseignants repèrent ce genre de trou en randori, souvent avant le pratiquant lui-même.

Prochaine étape : reprenez les trois dernières séances de mémoire et rangez chaque technique vue dans sa famille. Les noms qui résistent au classement sont exactement ceux à faire répéter au prochain cours.

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