Immobilisations au judo : les 7 osaekomi-waza

Une immobilisation au judo, ou osaekomi-waza, consiste à maintenir le dos de l’adversaire au sol sous contrôle, sans qu’il puisse se dégager. Le Kodokan en recense sept formes officielles. En compétition, vingt secondes de contrôle valent ippon et mettent fin au combat immédiatement. Le reste du travail au sol, étranglements et clés de bras, obéit à d’autres règles.
Immobiliser, ce que le règlement entend par là
Le judo au sol porte le nom de ne-waza. Il rassemble trois familles distinctes, regroupées sous le terme katame-waza, les techniques de contrôle : les immobilisations (osaekomi-waza), les étranglements (shime-waza) et les clés articulaires (kansetsu-waza). Seule la première catégorie se marque au chronomètre.
La logique diffère radicalement de celle d’une projection. Là où une technique debout cherche la bascule instantanée, l’immobilisation vise la durée. Vous ne cherchez pas à faire mal ni à provoquer l’abandon : vous neutralisez la mobilité de l’adversaire assez longtemps pour que l’arbitre considère le combat comme tranché.
Cette distinction remonte à la construction même de la discipline. Quand Jigoro Kano codifie le judo au Kodokan, il sépare nettement les formes de contrôle des formes de projection, et leur consacre un kata propre. Le Katame-no-kata, élaboré au Kodokan entre 1884 et 1887, formalise cette architecture en trois séries de cinq techniques : cinq immobilisations, cinq étranglements, cinq clés de bras.
Un judoka complet travaille donc deux registres. Debout, il cherche l’ippon par la projection. Au sol, il cherche le contrôle dans la durée. Les deux se rejoignent au moment de la liaison, cet instant où une projection incomplète bascule en travail au sol.

Les sept formes officielles du Kodokan
La classification du Kodokan retient sept immobilisations de référence. Toutes les variantes pratiquées en club ou en compétition dérivent de ces sept matrices.
| Nom japonais | Traduction courante | Position de tori |
|---|---|---|
| Kesa-gatame | Contrôle en écharpe | Latérale, bras derrière la nuque |
| Kuzure-kesa-gatame | Écharpe modifiée | Latérale, saisie remaniée |
| Kata-gatame | Contrôle par l’épaule | Latérale, épaule et cou bloqués |
| Kami-shiho-gatame | Quatre points supérieur | Par la tête |
| Kuzure-kami-shiho-gatame | Quatre points supérieur modifié | Par la tête, saisie décalée |
| Yoko-shiho-gatame | Quatre points latéral | Perpendiculaire, sur le côté |
| Tate-shiho-gatame | Quatre points à cheval | À cheval sur le buste |
Cette liste sert de référence en arbitrage international. La Fédération Internationale de Judo précise dans ses règles de 2025 qu’une technique classée au Kodokan, ou une variation de celle-ci, doit être réalisée pour que l’osaekomi soit validé. Une position de contrôle improvisée, hors de ce cadre, ne sera pas comptabilisée.
Kesa-gatame et sa variante kuzure
Le kesa-gatame occupe une place à part : c’est la porte d’entrée du travail au sol dans la quasi-totalité des progressions. Tori se place latéralement contre le buste d’uke, passe un bras derrière la nuque et bloque le bras opposé sous son aisselle. Les jambes s’écartent en ciseau pour créer une base large et stable.
Le kuzure-kesa-gatame déplace la saisie supérieure : au lieu de ceinturer la nuque, le bras passe sous l’aisselle d’uke. Ce détail change beaucoup. La variante offre un meilleur contrôle du buste et résiste davantage aux tentatives de rotation, au prix d’une pression moindre sur la tête.
Les quatre contrôles shiho-gatame
Les shiho-gatame se distinguent par l’angle d’attaque. Le kami-shiho-gatame contrôle par la tête, tori face aux pieds d’uke, mains glissées sous les épaules ou saisissant la ceinture. Le yoko-shiho-gatame prend perpendiculairement, sur le flanc. Le tate-shiho-gatame, lui, place tori à cheval sur le buste, jambes crochetées de part et d’autre.
Chacun couvre une situation de sortie de projection différente. Un adversaire qui roule sur le côté après une chute offre naturellement un yoko-shiho-gatame ; un adversaire qui se retrouve tête vers vous appelle plutôt un contrôle par le haut.
Kata-gatame, le contrôle par l’épaule
Le kata-gatame verrouille la tête et un bras d’uke dans le même étau, l’épaule du partenaire pressée contre sa propre joue. La prise exige un placement précis. Mal exécutée, elle glisse vers un contrôle du cou seul, ce que le règlement refuse.

Quand l’arbitre annonce osaekomi
L’annonce ne tombe pas automatiquement dès qu’un judoka se retrouve sur le dos. Plusieurs conditions doivent être réunies simultanément, et leur non-respect invalide la prise.
Le dos du judoka contrôlé doit reposer sur le tatami, l’immobilisant se tenant sur le côté ou au-dessus, jamais pris dans les jambes de son adversaire. Ce dernier point compte énormément : tant que les jambes d’uke enserrent une jambe ou le buste de tori, aucun osaekomi ne peut être déclaré.
La Fédération Internationale de Judo ajoute une restriction de sécurité explicite : maintenir une immobilisation uniquement autour de la tête ou du cou, sans contrôler au moins un bras, n’est jamais autorisé. Un contrôle au sol réalisé avec les bras ou les jambes autour du cou, sans que le bras de l’adversaire soit à l’intérieur, sera sanctionné par un mate.
Autre précision utile en compétition : une immobilisation annoncée à l’intérieur de la surface de combat se poursuit valablement même si les deux judokas glissent hors de cette surface. Le décompte continue. Beaucoup de combattants relâchent leur prise en sortant du tapis, par réflexe, et perdent un ippon acquis.

Le barème : yuko, waza-ari, ippon
La durée du contrôle détermine seule la valeur marquée. Le chronomètre démarre à l’annonce osaekomi et s’arrête net à la rupture.
| Durée du contrôle | Score attribué | Conséquence |
|---|---|---|
| 5 à 9 secondes | Yuko | Le combat continue |
| 10 à 19 secondes | Waza-ari | Deux waza-ari valent ippon |
| 20 secondes | Ippon | Victoire immédiate |
Le yuko en ne-waza constitue le changement notable des dernières saisons. La Fédération Internationale de Judo l’a réintroduit dans les règles annoncées pour 2025, applicables à compter du Grand Slam de Paris en février de cette année, précisément pour récompenser les contrôles courts qui ne tenaient pas jusqu’à dix secondes.
Ce barème modifie la tactique de fin de combat. Un judoka mené au score dispose de très peu de temps pour se dégager avant que le waza-ari ne tombe. À l’inverse, celui qui mène cherchera l’immobilisation plutôt que la projection risquée, sachant que vingt secondes suffisent à clore l’affaire. La lecture complète du système de points et des règles d’arbitrage éclaire la façon dont ces scores se combinent sur la durée d’un combat.
Se dégager avant la fin du décompte
La rupture du contrôle porte un nom : toketa. L’arbitre l’annonce dès que l’immobilisation cesse de remplir ses conditions, et le chronomètre s’interrompt aussitôt.
Une voie de dégagement est explicitement reconnue par le règlement international. Les règles de la Fédération Internationale de Judo indiquent que le toketa doit être annoncé si, pendant l’osaekomi, le judoka contrôlé réussit à emprisonner la ou les jambes de son adversaire, que ce soit par-dessus ou par-dessous. Ramener une jambe dans sa garde reste donc la sortie la plus fiable.
À l’inverse, une croyance tenace mérite d’être corrigée. Beaucoup de débutants misent tout sur le pont, en poussant sur les appuis pour décoller le dos du tatami. Le règlement international est clair sur ce point : l’arbitre ne doit pas annoncer toketa dans les situations où le dos du judoka immobilisé n’est plus en contact avec le tapis, par exemple en pont, si celui qui applique la prise maintient malgré tout son contrôle initial.
Le pont garde pourtant son utilité, à condition de le comprendre comme un moyen et non comme une fin. Il crée l’espace nécessaire pour insérer un genou, pivoter les hanches et engager la jambe. Le pont seul ne libère rien. Le pont suivi d’une rotation et d’un crochet de jambe libère.

La place du travail au sol dans la progression
Les immobilisations arrivent tôt dans le parcours d’un judoka, bien avant les étranglements et les clés de bras, réservés aux pratiquants plus avancés pour des raisons évidentes de sécurité.
France Judo structure l’apprentissage en six paliers, de la ceinture blanche à la ceinture noire : blanche à jaune, jaune à orange, orange à verte, verte à bleue, bleue à marron, puis marron à noire. Le travail au sol s’installe progressivement dans ces cycles, en parallèle des techniques debout. La progression des couleurs de ceinture détaille ce que chaque palier valide.
L’ampleur de cette pédagogie mérite d’être rappelée : France Judo comptait 567 000 licenciés au 16 avril 2025 pour la saison 2024-2025, son plus haut niveau depuis plus de dix ans, se plaçant au quatrième rang des fédérations olympiques françaises par le nombre de licenciés et au deuxième chez les moins de douze ans. Autant de pratiquants formés au même socle technique.
Au niveau supérieur, le travail au sol devient une épreuve à part entière. La préparation du 1er dan et de la ceinture noire comprend une unité de valeur consacrée au ne-waza, où le candidat démontre immobilisations, étranglements et clés face à un partenaire qui résiste.
Les fautes qui font perdre le contrôle
Certaines erreurs reviennent à chaque cycle de débutants et coûtent systématiquement l’immobilisation.
- Centre de gravité trop haut : tori se redresse pour serrer plus fort, allège la pression et offre la rotation.
- Jambes serrées : sans écartement en ciseau, la base est étroite et le moindre pont bascule tori.
- Bras négligé : contrôler la tête sans bloquer un bras laisse la porte ouverte, et le règlement l’interdit.
- Crispation des épaules : la force isolée fatigue vite, là où le poids du corps bien placé ne fatigue pas.
- Regard baissé : perdre de vue les hanches d’uke revient à ignorer d’où viendra la sortie.
La faute la plus fréquente reste la première. Un test simple la corrige : si votre poitrine décolle du buste du partenaire, vous contrôlez avec les bras au lieu de contrôler avec le poids. Rabaissez le sternum, écartez les appuis, et la prise se resserre sans effort supplémentaire.
Deux compétences conditionnent tout ce travail. Savoir chuter d’abord, car chaque répétition au sol commence par une mise au tapis : la maîtrise des chutes en ukemi protège les deux partenaires. Savoir enchaîner ensuite, puisqu’une immobilisation naît presque toujours de la liaison qui suit une projection, par exemple après une projection de hanche comme l’o-goshi.
Prochaine étape : chronométrez vos contrôles à l’entraînement. Trois séries de kesa-gatame tenues vingt secondes contre un partenaire qui résiste réellement, deux fois par semaine pendant un mois. Comptez ensuite combien de sorties votre partenaire réussit sur dix tentatives : passer de six à deux confirme que le placement du poids est acquis.