Santé Sportive

Entorse du genou au judo : soins et retour sur le tatami

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Entorse du genou au judo : soins et retour sur le tatami

L’entorse du genou au judo naît d’une torsion sous charge, pied bloqué au tatami. Trois structures encaissent : le ligament latéral interne, le ligament croisé antérieur et les ménisques. Un craquement, un gonflement rapide ou une sensation de dérobement imposent un avis médical. La suite se compte en semaines, parfois en mois.

Ce que le genou encaisse quand la projection tourne mal

Le genou n’aime ni la rotation ni la contrainte latérale. Le judo lui impose les deux, souvent dans la même seconde. Le scénario le plus fréquent tient en trois temps : le pied reste accroché au tapis, le bassin part, le fémur tourne sur un tibia immobile.

L’analyse de Wieslaw Błach et de son équipe, publiée dans le Journal of Clinical Medicine en 2021 à partir de 26 862 judokas engagés sur les tournois européens entre 2005 et 2020, place le genou en tête des localisations blessées avec 17,4 % des cas, devant l’épaule et le coude. La blessure du genou du judoka n’a rien d’exotique. Elle fait partie du métier, ce qui ne la rend ni banale ni fatale.

Deux situations dominent sur le tatami. Vous subissez une projection avec un appui bloqué, et l’articulation encaisse une torsion qu’elle ne contrôle plus. Ou vous attaquez, genou fléchi, pied fixé, et le pivot de votre entrée de hanche charge le compartiment interne au moment où votre partenaire résiste. Les techniques d’appui pivot comme l’uchi-mata concentrent cette contrainte sur une jambe unique.

Trois structures, trois façons de céder

Le ligament latéral interne cède le premier lorsque le genou part en valgus, vers l’intérieur. Sa lésion reste la plus fréquente et la plus souvent bénigne.

Le ligament croisé antérieur, lui, se rompt sur une rotation interne associée à une décélération brutale. Le judo appartient à la famille des sports pivot-contact, celle qui expose le plus le ligament croisé antérieur, aux côtés du football, du handball et du ski.

Le ménisque accompagne souvent la lésion ligamentaire, coincé entre deux surfaces articulaires qui se déplacent l’une par rapport à l’autre. Un genou qui se bloque en extension incomplète oriente vers cette atteinte.

Les signes qui doivent alerter dans l’heure

La douleur seule ne classe rien. Un judoka encaisse, se relève et termine parfois son randori sur une lésion sérieuse. D’autres hurlent pour une entorse bénigne. Fiez-vous plutôt à ces signaux :

  • un craquement audible ou ressenti au moment du traumatisme ;
  • un gonflement qui s’installe en moins de deux heures, signe d’un saignement dans l’articulation ;
  • une impossibilité de poser le pied et de faire quelques pas ;
  • une sensation de genou qui se dérobe, comme s’il partait sur le côté ;
  • un blocage articulaire, genou impossible à tendre complètement.

Un seul de ces éléments justifie l’arrêt immédiat de la séance et une consultation. L’épanchement précoce mérite une attention particulière : il traduit la présence de sang, donc l’atteinte d’une structure vascularisée. L’enseignant applique alors la règle valable pour toute blessure au dojo, celle décrite dans notre article sur la prévention des blessures au judo : sortir du tapis, examiner, ne pas laisser reprendre.

Un point mérite d’être dit clairement : personne ne diagnostique une entorse grave à l’œil nu, ni au bord du tatami, ni sur un forum. Le test clinique appartient au médecin.

Les premiers jours à la maison, entre froid et compression

Les heures qui suivent une entorse du genou conditionnent le confort des semaines suivantes. Le protocole de référence a changé : Blaise Dubois et Jean-Francis Esculier ont publié en 2019 dans le British Journal of Sports Medicine l’approche PEACE and LOVE, qui remplace l’ancien réflexe glace et repos absolu. Ses cinq premières lettres tiennent en un principe : protéger l’articulation quelques jours, surélever le membre, éviter les anti-inflammatoires en phase initiale, comprimer pour limiter l’œdème, puis comprendre ce qui se passe plutôt que le subir.

La compression revient au centre du jeu. Elle limite le gonflement, et un genou moins gonflé récupère plus vite sa flexion. Après une chirurgie du ligament croisé antérieur, les équipes hospitalières associent volontiers froid et compression pneumatique, un matériel qui se prête mal à l’achat : le besoin dure quelques semaines, rarement plus. La Location Game Ready répond à cette fenêtre courte, avec un appareil et un manchon livrés à domicile pour la durée de la convalescence, puis rendus. Cette double action a été mesurée en milieu hospitalier : Jérôme Murgier et Xavier Cassard, dans la Revue de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique en 2014, ont comparé les deux modalités chez 39 patients opérés et relevé une consommation d’antalgiques nettement inférieure et une flexion supérieure à la sortie dans le groupe traité par compression dynamique intermittente.

À l’inverse, quatre gestes retardent la récupération dans les premiers jours : la chaleur locale, l’alcool, le massage appuyé de la zone lésée et la reprise d’activité en serrant les dents. Le froid, lui, garde une vraie valeur antalgique, sans que son effet sur la cicatrisation des tissus soit tranché par la recherche. Appliquez-le sur un linge, jamais à même la peau.

Cette phase reste un accompagnement. Elle ne remplace ni l’examen médical ni le protocole que votre chirurgien ou votre kinésithérapeute vous fixera.

Genou d’un sportif adulte équipé d’un manchon de compression relié à un appareil de refroidissement, posé sur un canapé clair en lumière naturelle

Consultation, radiographie, IRM : le parcours réel

La consultation initiale sert d’abord à écarter une fracture. La Haute Autorité de Santé, dans sa fiche de pertinence consacrée à l’imagerie de la gonalgie publiée en 2022, recommande d’appliquer la règle d’Ottawa décrite par Ian Stiell en 1996 : la radiographie s’impose notamment après 55 ans, en cas de douleur isolée de la rotule, de sensibilité de la tête du péroné, d’impossibilité de fléchir le genou à 90 degrés ou de faire quatre pas.

Le même document est explicite sur la suite : l’IRM ne se prescrit pas en première intention. Elle intervient quand l’évolution reste atypique, quand la radiographie n’explique pas la douleur, ou quand l’examen clinique oriente vers une lésion ligamentaire ou méniscale à confirmer avant une décision chirurgicale.

Ce que le médecin cherche avec ses mains

Le testing clinique reste souverain. Le praticien évalue la stabilité en varus et en valgus, réalise un test de Lachman pour le ligament croisé, cherche un ressaut rotatoire et apprécie l’épanchement. Un genou trop douloureux ou trop contracté pour être testé le jour même sera réexaminé quelques jours plus tard, une fois l’œdème calmé.

Dites au médecin que vous pratiquez le judo, et à quelle fréquence. Un sport de pivot-contact avec chutes et saisies change l’interprétation d’une laxité et la stratégie thérapeutique qui en découle.

Opérer ou rééduquer : une décision qui vous concerne

Toutes les ruptures du ligament croisé antérieur ne finissent pas au bloc. Le traitement fonctionnel, fondé sur une rééducation longue et un renforcement musculaire soutenu, donne de bons résultats chez des patients dont la demande sportive n’inclut pas les changements d’appui violents.

Le judo se situe à l’autre extrémité du spectre. Les saisies, les déséquilibres et les réceptions imposent au genou exactement les contraintes que ce ligament contrôle. Chez un judoka qui veut reprendre le randori, la reconstruction est souvent proposée, en particulier devant une laxité importante, une lésion méniscale associée ou des épisodes répétés d’instabilité.

Trois éléments pèsent dans la balance : votre projet sportif réel, le résultat de l’examen clinique et de l’imagerie, et votre capacité à tenir une rééducation exigeante. La décision se construit en consultation, pas en quelques minutes.

Un détail change beaucoup de choses chez ceux qui seront opérés : la préparation avant l’intervention. Retrouver une extension complète, un quadriceps réveillé et un genou sec avant le bloc facilite la rééducation qui suit. Votre kinésithérapeute sait organiser cette phase.

Séance de rééducation du genou avec un kinésithérapeute dans un cabinet lumineux, patient assis sur une table de soin, mains du praticien sur la jambe

La rééducation, du fauteuil au premier uchi-komi

La rééducation d’un genou opéré se déroule par étapes, chacune validée avant de passer à la suivante. Le début vise le simple : récupérer l’extension complète, faire disparaître l’épanchement, réveiller le quadriceps qui s’est inhibé, remarcher normalement.

Vient ensuite le renforcement, d’abord sur des amplitudes protégées, puis en charge. Le vélo, le travail proprioceptif sur surfaces instables et le gainage occupent des mois entiers. Cette période frustre : le genou ne fait plus mal, mais il n’est pas prêt. La différence entre les deux se mesure, elle ne se ressent pas.

Le travail de mobilité générale garde sa place pendant toute cette phase, notamment sur les hanches et les chevilles, dont la raideur reporte la contrainte sur le genou. Notre article sur la mobilité articulaire du judoka détaille ce travail. Les étirements de fin de séance, eux, reviendront plus tard, quand la reprise sera engagée.

Ce que le kinésithérapeute mesure avant le feu vert

Les critères de reprise ne se limitent plus à un délai sur un agenda. Les batteries de tests utilisées aujourd’hui combinent force et fonction : mesure isocinétique du quadriceps et des ischio-jambiers, tests de saut monopodal, qualité de la réception, avec un objectif de symétrie d’au moins 90 % entre les deux jambes. La littérature récente sur le retour au sport associe le passage réussi de ces tests à une réduction importante du risque de récidive.

La dimension psychologique compte autant. L’appréhension du geste, la peur de la chute et le manque de confiance dans le genou opéré retardent le retour au niveau antérieur, même chez des sportifs physiquement prêts.

Reprendre le judo sans rejouer la blessure

Le calendrier reste un allié, à condition de ne pas le lire à l’envers. Susanne Beischer et son équipe, dans le Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy en 2020, ont montré chez de jeunes sportifs qu’une reprise avant neuf mois après reconstruction du ligament croisé antérieur multipliait par sept le risque de nouvelle blessure, et que chaque mois d’attente supplémentaire jusqu’à ce seuil réduisait ce risque de moitié environ.

La reprise se fait par couches successives, jamais d’un bloc. Le ne-waza avant le tachi-waza, les uchi-komi à vide avant les projections, les chutes contrôlées avant le randori, le randori souple avant l’opposition réelle. La maîtrise des chutes reprend ici toute son importance : un ukemi propre protège un genou qui vient de passer plusieurs mois à se reconstruire.

Prévenez votre professeur du stade exact de votre reprise. Un enseignant informé adapte les partenaires, écarte certains exercices et surveille les situations de blocage de pied. Cette information vaut mieux qu’une reprise discrète qui finit par une rechute.

Prochaine étape concrète : notez la date de votre blessure, celle de votre première consultation, et demandez à votre kinésithérapeute quels tests il utilisera pour valider votre retour. Le calendrier de reprise du judo se décide avec l’équipe qui vous suit, en fonction de ces mesures, jamais en fonction de la date du prochain tournoi.

Judoka adulte en judogi blanc assis de dos en seiza sur un tatami vert, dojo calme et lumineux en arrière-plan

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